Le train de nuit reliant Paris à Aurillac fait face à une vague de suppressions sans précédent depuis la fin du mois de novembre, laissant les usagers démunis, notamment pendant la période des fêtes. En cause : un parc de locomotives diesel défaillant, et des problèmes de maintenance persistants qui engendrent un service “très dégradé”. La situation inquiète quant à la pérennité même de la ligne, pourtant censée circuler quotidiennement depuis juillet.
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Depuis juillet dernier, le train de nuit Aurillac-Paris est censé circuler quotidiennement. Mais depuis le mois de novembre, les soucis s’enchaînent sur la ligne. Les suppressions de trains sont devenues monnaie courante. La situation a atteint un point critique en décembre. “Sur 30 jours, il a roulé cinq fois” confie Paul, un cheminot expert de la ligne, qui préfère témoigner anonymement. Il a recensé 29 suppressions sur 36 circulations théoriques entre le 25 novembre 2025 et le 2 janvier 2026, soit un taux de réalisation du plan de transprt inférieur à 20%. Il ajoute : “Depuis un mois, je n’ai jamais vu ça depuis 2 ans. C’est la bérézina”. Les problèmes sont principalement attribués aux machines. Le cheminot poursuit : “Les locomotives ne fonctionnent pas. Elles sont en panne”. Bien qu'il y ait eu des espoirs de rétablissement pour les vacances de Noël, notamment autour du 24 décembre, le train est resté supprimé, y compris pour les retours du 1er janvier.
La cause principale de ces annulations réside dans la gestion et l'entretien des locomotives thermiques, diesel, nécessaires pour la partie non électrifiée du trajet après Brive. Stéphane Rigal, secrétaire général de la CGT Cheminots du Cantal, explique la complexité de la situation : “Actuellement la SNCF n'est pas propriétaire des machines, donc des locomotives. Par conséquent elle fait appel donc à une société privée qui fournit les locomotives, l’entreprise Akeim”. Le problème, selon lui, est que ce sont “des locomotives qui ne sont pas en bon état, qui tombent en panne”.
Pour la maintenance, les réparations d’urgence ne sont pas assurées localement à Brive, et les machines doivent être envoyées à Chalindrey, dans l'Est de la France, provoquant des “délais phénoménaux”, indique le Paul, le cheminot. L'expert pointe du doigt un manque structurel dans l'organisation et l'humain : “Je reste persuadé qu’il y a un manque de compétence, un manque de formation. Il y a vraiment un problème humain”. Il note que ce type de locomotive est pourtant utilisé avec succès par une compagnie privée sur la ligne Paris-Bourg -Saint-Maurice.
Lorsque le train est supprimé, la SNCF met en place des solutions de substitution qui sont jugées “très inconfortables” pour les usagers. Dans le sens Aurillac-Paris, les voyageurs doivent prendre un car jusqu'à Brive, ajoutant deux heures de transport et arrivant vers 1h20 du matin pour récupérer le train de nuit. Dans l'autre sens, Paris-Aurillac, les passagers sont réveillés “en plein milieu de la nuit à 5h00 du matin pour changer à Figeac afin de prendre un TER” souligne, Paul, le cheminot.
Pour Stéphane Rigal, cette gestion des suppressions frise le mépris : “On vous fait des promesses, on vous dit qu'il y a un train de nuit. Comment vous voulez que ça marche ? Comment voulez-vous attirer du monde quand le train vous n’êtes jamais sûr qu'il roule ?”. Le syndicaliste utilise une métaphore pour décrire l'effet de ces annulations : “Si vous voulez tuer votre chien, vous n’avez qu'à dire qu'il a la rage”.
Le délégué syndical est particulièrement inquiet de l'impact à long terme de ces dysfonctionnements répétés. Selon lui, la direction, interpellée par les syndicats et les élus, répond qu'elle n'a “pas de solution” pour l'instant.
Stéphane Rigal craint un scénario fatal : “En faisant comme cela, on va vider le train de voyageurs. Les usagers vont trouver d'autres solutions. À force, on va nous dire qu’il n’y a personne. Donc on supprime le train”. Il dénonce la responsabilité des décisions politiques qui ont mené à cette crise : “C'est dû à la séparation et à la destruction de la SNCF et aujourd'hui voilà où on en est”.
L'expert cheminot confirme que “le manque de fiabilité tue l'attractivité de la ligne, même si l'État, l'autorité organisatrice, ne s'est pas officiellement désengagé”. L'alerte a été remontée auprès du président de la SNCF, Jean Castex, ancien Premier ministre et fervent défenseur des trains de nuit, lors de sa venue en décembre à Clermont-Ferrand mais l'urgence des actions concrètes reste de mise.
Contactée, la SNCF a réagi par un communiqué : “Pour réaliser la traction des trains de nuit Paris<>Aurillac sur le tronçon de voie non électrifié Brive-la-Gaillarde - Aurillac, SNCF Voyageurs Intercités recourt à des locomotives thermiques. Basées à Brive-la-Gaillarde, ces locomotives sont également utilisées pour tracter les trains de nuit Paris<>Rodez/Albi entre Brive-la-Gaillarde et Rodez/Albi. Entre Paris et Brive-la-Gaillarde, l'infrastructure étant électrifiée, c'est une locomotive électrique qui assure la traction des trains. Les locomotives thermiques basées à Brive-la-Gaillarde ont connu dernièrement une succession de pannes de différentes natures qui a nécessité des immobilisations pour réparation durant parfois plusieurs jours. Ces immobilisations, qui réduisent le nombre de locomotives disponibles, empêchent la circulation de bout en bout de certains trains. Lorsque c'est le cas, un dispositif de transport de substitution maximisant le recours au mode ferroviaire est mis en place”.
L'ensemble des clients concernés par des adaptations de plan de transport sont informés de ces changements. Ils bénéficient aussi, s'ils le souhaitent, du remboursement ou de l'échange sans frais de leur billet. Le 1er janvier, le dispositif de transport de substitution est mis en place. Le 2 janvier, la sortie d'atelier d'une locomotive doit permettre la reprise progressive du plan de transport normal, le train Paris-Aurillac circulant de bout en bout. Le train Aurillac-Paris est substitué par autocar entre Aurillac et Brive-la-Gaillarde.
https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/cantal/aurillac/c-est-la-berezina-pourquoi-le-train-de-nuit-aurillac-paris-enchaine-les-dysfonctionnements-3274799.html
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