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Au XVIIIe siècle, la France est l’une des grandes puissances coloniales du Nouveau Monde. La Louisiane française s’étend alors du golfe du Mexique jusqu’aux Grands Lacs. Le Canada, la vallée du Mississippi et de vastes zones des Caraïbes sont sous influence française. Cet empire s’effondre progressivement après la défaite face au Royaume-Uni lors de la guerre de Sept Ans. En 1763, Paris cède le Canada et plusieurs territoires nord-américains à Londres.
Ce reflux s’achève brutalement en 1803 avec la vente de la Louisiane aux États-Unis. Affaiblie militairement, confrontée à une révolte à Saint-Domingue et à des besoins financiers pressants, la France de Napoléon Bonaparte cède ce territoire colossal à Washington pour 15 millions de dollars. Cette transaction double la superficie des États-Unis et marque la fin des ambitions territoriales françaises en Amérique du Nord.
Un siècle plus tard, la France n’est plus propriétaire de terres souveraines, mais conserve des intérêts économiques majeurs. C’est le cas au Panama. Dans les années 1880, la France, portée par Ferdinand de Lesseps, lance la construction d’un canal interocéanique. Le projet, privé, se solde par un désastre humain, technique et financier. La Compagnie française du canal fait faillite, laissant derrière elle des infrastructures inachevées.
En 1904, les États-Unis rachètent ces actifs à la société française pour 40 millions de dollars. C’est à cet épisode que fait référence Scott Bessent lorsqu’il affirme que Washington a « acheté » le canal « aux Français ». En réalité, les États-Unis acquièrent des droits et des équipements, avant de soutenir l’indépendance du Panama vis-à-vis de la Colombie et d’obtenir le contrôle politique de la zone du canal.
Cet épisode illustre la manière dont la présence française en Amérique s’est progressivement transformée : d’un empire territorial à une influence économique, avant de disparaître presque entièrement. La France est encore présente dans les Caraïbes, mais son rôle continental en Amérique appartient au passé.
En convoquant Panama à Davos, Scott Bessent ne se contente pas de rappeler une transaction ancienne. Il ressuscite une époque où les États-Unis se sont construits, en partie, sur le retrait des puissances européennes, et sur la liquidation de ce qu’il restait de leurs ambitions américaines. Et légitime les ambitions actuelles en les resituant dans une réalité historique.
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