Le site internet qui liste les mosquées et les lieux d’accueils pour personnes migrantes se défend de toute politique, sauf que…
Pascal Deloche /GODONG / Getty Images
À deux mois des municipales, le site « Où va ma France », agace et inquiète de plus en plus (image d’illustration)
« Racisme, xénophobie, islamophobie : tolérance zéro ». La députée (Les Écologistes) Sabrina Sebaihi ne décolère pas. L’élue des Hauts-de-Seine vient de saisir la procureure de Paris au nom de l’article 40 contre un site internet et une application intitulée « Où va ma France » ou « MaFrance.app », qu’elle accuse de « provocation à la discrimination et à la haine raciale » et « d’introduction frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé ».
Auprès de Politico et Libération, les services de Laurent Nunez, le ministre de l’Intérieur, assurent prendre très au sérieux ce signalement et être mobilisés sur le dossier, alors que SOS Racisme a fait part de son côté de son intention de porter plainte.
Le site et le compte X associé, qui font le bonheur de la fachosphère, prétendent dresser à quelques mois des municipales 2026 un état des lieux des communes en France, le tout avec des indicateurs aux relents xénophobes et racistes.
Des fichages ciblés de lieux de culte musulman
Le site propose par exemple un indice « d’islamisation », qui se base, entre autres, sur le nombre de prénoms d’origine arabo-musulmane donnés. Si l’Insee dispose bien du fichier de tous les prénoms depuis 1990 ils ne sont pas « triés », c’est bien l’auteur du site qui a effectué ce fichage. Pour ce même indicateur, « Où va ma France » se base également sur les lieux de cultes musulmans et les centres d’accueil de personnes migrantes, qui sont également listés. Des pourcentages de populations turques, maghrébines, ou africaines, sont même dressés pour chaque commune.
De quoi faire dire à Sabrina Sebaihi qu’il y a sans doute eu un caractère automatisé dans le traitement des données sans forcément que les autorisations nécessaires aient bien été demandées. « Si des groupuscules d’extrême droite décident de passer à l’acte, ils pourront utiliser ces informations », s’inquiète-t-elle auprès de CheckNews.
L’indice de « changement culturel » ou de « défrancisation » est lui mesuré avec les prénoms d’origine française, quant à l’indice d’« interventionnisme culturel » ou de « wokisme » il est réalisé en fonction des subventions aux associations et des quartiers prioritaires de la villeplugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigWikikPedia
WikikPedia par exemple. L’auteur y évoque « des données reflétant une idéologie gauchiste promouvant un changement sociétal » dans lesquelles il inclut : « l’immigrationnisme, le féminisme excessif, le socialisme, le racisme anti-blanc, le combat contre le “patriarcat”, l’intersectionnalité, la promotion dans l’espace public de l’idéologie LGBTQ, la promotion de la diversité ou du métissage (sic) ». Le créateur du site, qui se défend de tout lien avec des partis politiques, veut ajouter prochainement dans sa cartographie les lieux qui vendent des kebabs.
Des sources suprémacistes et racistes
À ce gloubi-boulga identitaire, s’ajoutent la couleur politique des maires en question, les prix de l’immobilier, mais aussi des graphiques sur la criminalité, les vols, les agressions sexuelles, le trafic de drogues, ou les escroqueries. Quant aux articles de presse qui feraient office de sources représentatives pour illustrer ces indices, seuls ceux du site d’extrême droite fdesouche sont référencés.
Évidemment, enfin, en bon site réactionnaire qui se respecte il s’appuie également sur “la carte des QIs dans le monde” de Richard Lynn, un psychologue britannique racialiste, et sur une soi-disant étude sur le QI qui ferait « référence », mais qui apparaît surtout bidon. Pas validée par des pairs, elle émane d’un « scientifique indépendant » et d’un auteur appartenant au Arthur Jensen Institute. Du nom d’un prolixe psychologue américain qui s’inscrivait lui aussi dans des analyses suprémacistes.
Le site propose plusieurs versions « neutre », « identitaire » ou « inclusive », où les termes employés changent. L’indice « immigration » devient par exemple un « indice grand remplacement » ou « de créolisation ». Les données, les sources, et les explications méthodologiques, elles, restent les mêmes.
Qui se cache derrière ce site ?
Comme l’explique Libération, le site lancé en juillet 2025 est tenu par un certain Rémi Gration, un jeu de mots avec le terme “remigration” cher à l’extrême droite.
Auprès de Radio Courtoisie qui saluait « un site d’utilité publique », Rémi se défendait de faire un lien de causalité entre « immigration, islamisation et insécurité », mais évoquait « une corrélation (…) mathématique ». Un vernis dont il se pare aussi sur son site internet évoquant une analyse non exhaustive » et « des indices relatifs » qui « doivent être interprétés dans leur contexte ». Justement, réplique Sabrina Sebaihi, « l’ensemble des éléments caractérise une présentation orientée ». Quant aux mentions de précautions, elles ne sont accompagnées d’aucune « mise en perspectives sociologiques ou statistiques ».
Se défendant de tout appel à la haine auprès de Libération, Remi assure également au site réactionnaire Boulevard Voltaire vouloir protéger son anonymat pour éviter le harcèlement. Culotté quand on fait des listes et des cartographies visant des populations bien spécifiques.
https://www.huffingtonpost.fr/politique/article/municipales-2026-le-site-ou-va-ma-france-agace-et-inquiete-de-plus-en-plus-a-deux-mois-du-premier-tour_259033.html
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.
Photo Philippe Laurenson
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Le ministre français de l'Intérieur Laurent Nuñez a demandé à ses services de se pencher sur un site soupçonné de fichage des musulmans.
Le ministre français de l'Intérieur Laurent Nuñez a demandé à ses services de se pencher sur le cas du site mafrance.app, soupçonné de fichage des musulmans, après avoir été saisi par une députée écologiste, a appris vendredi l'AFP auprès de son entourage, confirmant une information de Libération.
“Le ministre de l'Intérieur a demandé aux services compétents d'étudier le dossier, qui est en cours d'appréciation”, a-t-on déclaré dans l'entourage de M. Nuñez.
La fermeture du site demandée
La députée écologiste Sabrina Sebaihi avait saisi le ministre, selon Libération, après un message de “Où va ma France”, diffusé le 3 janvier sur X, proclamant : “Envie de savoir où se trouve le centre pour migrants le plus proche de chez vous ? La mosquée la plus proche ? Le quartier “sensible” le plus proche ? C'est désormais possible sur http://mafrance.app/lieux. Pratique pour le prochain déménagement !”
L'élue a demandé à Laurent Nuñez la fermeture du site, accusé de mettre “des cibles dans le dos” des Français “de confession musulmane”, de “ficher” des personnes “en raison de leur origine” et de recourir aux “statistiques ethniques”.
Le site présente notamment des indices “d'islamisation”, “d'immigration” et “d'insécurité” par département.
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https://www.laprovence.com/article/faits-divers-justice/26665086966241/le-gouvernement-enquete-sur-un-site-soupconne-de-ficher-les-musulmans
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