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Le Figaro: Crans-Montana : «Pourquoi certains jeunes ont-ils préféré filmer l’incendie plutôt que d’aider leur prochain?» [ElseNews]

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Le Figaro: Crans-Montana : «Pourquoi certains jeunes ont-ils préféré filmer l’incendie plutôt que d’aider leur prochain?»

Crans-Montana : «Pourquoi certains jeunes ont-ils préféré filmer l’incendie plutôt que d’aider leur prochain?»

Par Baptiste Detombe
Il y a 12 heures
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Numérique
Suisse
Incendie
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Incendie à Crans-Montana : les images du départ de feu
TRIBUNE - L’incendie qui a fait plus de 40 morts dans un bar en Suisse a été filmé par de nombreux participants. Les vidéos terrifiantes postées sur les réseaux sociaux suggèrent que la quête de viralité numérique a supplanté, chez certains jeunes, l’instinct d’entraide, alerte Baptiste Detombe.

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Baptiste Detombe est essayiste, auteur de «L’Homme démantelé. Comment le numérique consume nos existences», préfacé par Rémi Brague (Éditions Artège, 2025) ainsi que fondateur du média Gavroche.

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D’aucuns avaient le loisir dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier de fêter le passage de la nouvelle année. Les résidents et vacanciers présents dans le bar «Le Constellation» au cœur de la station de ski suisse Crans-Montana, n’ont malheureusement pas eu cette chance. La festivité a tourné au cauchemar lorsque les flammes ont ravagé le chalet où la foule était entassée. Mouvements de panique, scènes d’horreur et bilan humain très lourd : plus de 40 morts et 115 blessés. Si les images du drame nous arrivent très vite, ce n’est pas grâce aux reporters présents sur place, mais bien du fait des passants et fêtards inquiets de ne pouvoir diffuser et rendre mémorables l’incendie. Il se pourrait que derrière cette tragédie s’en cache une autre : celle d’une humanité plus intéressée par son aura numérique que par son prochain. Plongeons dans un numérique qui a – visiblement – consumé notre humanité.

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Des vacanciers filmant le feu en s’esclaffant, d’autres s’arrêtant devant le bâtiment incendié pour prendre en vidéo, à travers les vitres, les cris de souffrance et les personnes qui se débattent pour essayer de fuir le carnage : il semblerait que la quête du spectacle numérique surpasse notre appartenance à l’humanité. Notre réflexe premier, dans une situation de détresse, c’est de montrer que nous avons été là, présents. Nous avons vu l’enfer et nous pouvons en témoigner. Autrement dit, au milieu des flammes, nous scandons : « Regardez-moi ». Le « je » est le maître-mot de cette mise en scène perpétuelle, au point d’oublier qu’il ne s’agit pas d’un spectacle, mais de la vie réelle. D’un véritable parquet qui craquelle sous le poids des flammes et de véritables personnes qui suffoquent dans la détresse. À force de vivre dans un monde numérique, nous finissons par ne plus concevoir le monde qu’à travers le prisme de nos compteurs de « likes », d’abonnés et de partages. L’Homme n’est plus une fin en soi, n’en déplaise à Emmanuel Kant, mais un moyen de gagner en visibilité, de se mettre en avant, qu’importe si cela nous rend moins humain.

Derrière ces réflexes de se saisir de son téléphone pour mieux diffuser la scène à laquelle nous assistons, il y a une forme de refus d’engagement dans le monde, de présence à l’autre
Cette tentation pavlovienne de filmer la scène d’horreur semble consacrer la victoire d’un rapport extérieur à toute chose. À force de voir passer des images plus affreuses les unes que les autres derrière nos écrans, nous pensons jouir de cette même distance quand la catastrophe est sous nos yeux. Nous nous déshabituons à l’engagement dans l’action tant la passivité dans le smartphone est devenue notre mode d’être par défaut. Seulement aucune notification ne vient nous alerter qu’il nous faut agir, s’enfuir, aider son prochain. Ici le choix nous revient pleinement, c’est peut-être cela qui nous est dérangeant. Il est vrai qu’à force d’avoir tout délégué à la machine, nous sommes bien désemparés lorsqu’il nous appartient d’être acteurs de nos existences. Derrière ces réflexes de se saisir de son téléphone pour mieux diffuser la scène à laquelle nous assistons, il y a une forme de refus d’engagement dans le monde, de présence à l’autre. Et, à vrai dire, rien d’étonnant à cela : la simple présence d’un smartphone visible lors d’une conversation tend à diminuer notre capacité d’empathie[1]. Le meilleur sédatif pour s’assurer de notre passivité, c’est de se donner à soi-même l’illusion que le monde autour n’est qu’une excroissance numérique, afin de tenir à distance l’altérité qui n’est plus qu’un avatar virtuel parmi d’autres, et de continuer de croire que tout n’est qu’inconséquence.

L’instinct mimétique pourrait bien nous pousser à ce comportement grégaire et parfois meurtrier de préférer filmer les drames plutôt que de s’impliquer pour les rendre moins dramatiques. Sans le savoir, en banalisant l’omniprésence des smartphones, nous avons donné le luxe à la passivité et à la lâcheté de se cacher derrière l’écran. Nous ne fuyons pas alors notre responsabilité, mais nous informons le monde entier de l’urgence en cours. Le smartphone devient la caution morale low cost pour se prémunir des critiques et justifier la lâcheté. Le réflexe de la viralité numérique est bien la preuve même d’un malaise dans notre humanité.

Si la non-assistance à personne en danger ne prévoit pas spécifiquement le cas des ahuris qui filment plutôt qu’ils ne viennent en aide, alors peut-être faut-il envisager une évolution de l’état du droit.
Il est à se demander si le droit pénal ne devrait pas évoluer pour sanctionner les conduites à risque lors de pareils accidents. Si la non-assistance à personne en danger ne prévoit pas spécifiquement le cas des ahuris qui filment plutôt qu’ils ne viennent en aide, alors peut-être faut-il envisager une évolution de l’état du droit. La consécration d’une « non-assistance numérique à personne en danger » pourrait rappeler par la loi ce que la morale réprouve, et ainsi remettre de l’éthique là où l’indécence semble avoir pris du terrain.

Nous ne saurons jamais quel est le vrai coût de cette passivité et de cet égocentrisme que le monde numérique a alimenté et exacerbé en chacun de nous. Nous ne pourrons jamais pleinement évaluer son coût d’opportunité – i.e. ces vies sauvées ou changées si notre attention n’avait pas été absorbée dans des écrans. Ce qui est certain, c’est que la sobriété numérique est aussi un acte d’engagement dans le réel, et que ce réel n’a peut-être jamais autant eu besoin d’âmes disposées à se donner pour leurs prochains. D’ici à ce que notre humanité reprenne de l’aplomb face à la tentation spectrale, rappelons-nous ces paroles de la philosophe Simone Weil extraites de La Pesanteur et la grâce : « La véritable présence n’est pas d’être physiquement là, mais d’être pleinement attentif à ce qui se passe autour de soi. »

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[1] Shalini Misra et al., «The iPhone Effect: The Quality of In-Person Social Interactions in the Presence of Mobile Devices,» Environment & Behavior (2014).

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339 commentaires
La Bonne Pensée

le 03/01/2026 à 07:43

Porter assistance à une personne en danger n'est pas enseigné en France. Savoir faire des premiers-secours celà s'apprend aléatoirement et tardivement. Ce devrait pourtant être un fondamental de l'éducation nationale.

Clo de Zur.

le 03/01/2026 à 07:42

Entièrement d’accord. J’ai été choquée d’une vidéo de jeunes qui filmaient de l’extérieur proches des vitres sur lesquelles les victimes à l’intérieur frappaient pour essayer de les casser sans lever le petit doigt. Un a dit a l’autre poussé toi gros je filme. Mais l’autre se serait-il avancé pour essayer de casser la vitre ? Dans l’angle de la vidéo on voit un homme a l’extérieur qui lui tente de les casser ces maudites vitres. Et réussit d’ailleurs ce qui permet a des victimes de sortir. Donc ces 2 jeunes par leur inaction sont responsables de la mort car ils auraient pu et dû intervenir.

anonyme

le 03/01/2026 à 07:37

Un postulat absolument pas étayé, des idées, si on peut les appeler ainsi, qui relèvent du café du commerce, un manque total d'empathie pour les victimes, on a connu le Figaro plus inspiré quant au choix de ses chroniqueurs.

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