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Le Monde.fr: La curieuse cabale de la Silicon Valley contre les études supérieures et les universités

https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/01/25/la-curieuse-cabale-de-patrons-de-la-silicon-valley-contre-l-enseignement-superieur_6664013_3234.html

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La curieuse cabale de la Silicon Valley contre les études supérieures et les universités
De nombreux patrons de la tech américaine, qui ont pourtant majoritairement fait de prestigieuses études, reprochent aux universités d’être ruineuses, peu ouvertes au débat et incapables de préparer convenablement au marché du travail.
Par Arnaud Leparmentier (San Francisco, correspondant)

Publié hier à 06h00, modifié hier à 15h53
Temps deLecture 6 min.
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Le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, lors d’une cérémonie d’anciens élèves de l’université de Harvard, à Cambridge (Massachusetts), le 25 mai 2017. BRIAN SNYDER/REUTERS
Des études, pour quoi faire ? Un étrange vent « anti-études » souffle sur la tech à San Francisco (Californie). Arbaaz Mahmood en est le symbole : il a préféré renoncer à un doctorat dans l’une des universités les plus prestigieuses du pays pour lancer sa start-up d’intelligence artificielle (IA) spécialisée dans les ventes d’automobiles, Polycomputing. « Si mon projet est le bon, rien ne sert de faire la comédie devant un jury de professeurs, il faut construire son prototype », affirme le jeune entrepreneur d’origine pakistanaise, qui ajoute deux raisons à son choix : « J’avais demandé un PhD [doctorat] de physique nucléaire et j’ai eu biophysique. » Surtout, « [il] voulai[t] rester aux Etats-Unis. Lancer la start-up [lui] a permis d’avoir un visa 01 », explique-t-il, celui réservé aux candidats exceptionnels.

Son choix s’est fait dans un contexte de déconvenue sur l’enseignement supérieur. « Quand je suis arrivé du Pakistan aux Etats-Unis, c’était pour moi le symbole de la liberté. Mais le “wokisme” était partout, la liberté d’expression n’existait pas. Cela m’a convaincu d’aller dans le monde des start-up où l’on peut dire des choses politiquement non correctes. Les études académiques tendent à être normatives alors que ce monde est censé avoir une pensée transgressive, mais ce n’est pas le cas », affirme M. Mahmood, qui défend pourtant les études. « Les jeunes doivent aller à l’université car les sciences humaines sont ce qu’il y a de plus important. On a tendance à avoir des personnes techniquement formées mais illettrées politiquement. C’est une des conséquences du fait d’abandonner ses études », estime-t-il.

A lui seul, Arbaaz Mahmood reflète le rapport complexe entre la tech et les universités, accusées pêle-mêle d’être ruineuses, peu utiles et « woke », mais en réalité si indispensables et courtisées. Le terrain idéologique est favorable. Dans la mythologie de la Silicon Valley, les pionniers ont abandonné leurs études. Bill Gates et Mark Zuckerberg ont quitté Harvard pour créer Microsoft et Facebook ; Larry Ellison, l’université de Chicago pour lancer Oracle ; Jack Dorsey, New York University pour créer Twitter tandis que Steve Jobs préféra, avant de fonder Apple, s’intéresser à la calligraphie.

Leur exemple, sans cesse cité, n’est guère pertinent. « Très très peu de gens sont vraiment autodidactes, mettait en garde, en juin 2025, à Business Insider, David Deming, économiste spécialiste de l’éducation et doyen de Harvard depuis l’été 2025. Je pense que beaucoup d’entre eux se font des illusions. »

Même si la quasi-intégralité des patrons de la tech a accompli des études prestigieuses et très souvent des doctorats, le système est attaqué. Les études sont ruineuses, à l’instar de l’université Columbia, à New York, qui facture sa scolarité 70 000 dollars (environ 59 700 euros) par an auxquels s’ajoutent 25 000 dollars pour la chambre et la cantine, ce que nul ne conteste ; peu ouvertes au débat, selon les conservateurs et des trumpistes ; en passe d’être rendues peu pertinentes par l’IA.

« Rupture du pacte intergénérationnel »
L’un des premiers à dénoncer la dette étudiante (passée de 520 milliards de dollars en 2005 à 1 780 milliards en 2024) fut l’entrepreneur Peter Thiel. Le fondateur de PayPal et de Palantir a encouragé dès 2010 les étudiants à arrêter leurs études. « Deux ans, 200 000 dollars. Certaines idées ne peuvent pas attendre », titre sur son site la Thiel Fellowship, précisant que « la bourse Thiel offre 200 000 dollars à des jeunes qui souhaitent concrétiser leurs idées au lieu de rester sur les bancs de l’université ». Le libertarien est reparti à l’attaque en novembre 2025 dans la foulée de la victoire du candidat socialiste Zohran Mamdani à la mairie de New York, estimant que le poids des études est, avec le coût du logement, une des causes de « la rupture du pacte intergénérationnel ».

« Lorsque 70 % des jeunes milléniaux se déclarent prosocialistes, nous devons faire plus que de simplement les rejeter en disant qu’ils sont stupides, arrogants ou endoctrinés ; nous devrions essayer de comprendre pourquoi… (…) Trop de jeunes font des études supérieures, n’apprennent rien et se retrouvent avec des dettes incroyablement lourdes », a expliqué M. Thiel, déplorant que « les baby-boomeurs semblent étrangement indifférents au fait que le monde ne fonctionne pas vraiment pour leurs enfants ».

Lire aussi l’enquête (2025) | Article réservé à nos abonnés L’internationale réactionnaire, ou comment trois familles de pensée se retrouvent dans leur détestation du progressisme

En plus de la dette, Mark Zuckerberg et Elon Musk ont critiqué l’apprentissage. « Je ne suis pas certain que l’université prépare les étudiants aux emplois dont ils ont besoin aujourd’hui », déclarait en avril 2025 le fondateur de Facebook. « Trop de gens passent quatre ans à l’université, accumulent d’énormes dettes et n’acquièrent souvent pas de compétences utiles qu’ils peuvent mettre à profit par la suite », soulignait, quant à lui, en 2024, le patron de Tesla et de SpaceX. « Pas besoin d’aller à l’université pour apprendre. Tout est disponible gratuitement », avait déjà lâché en 2023 celui qui a, certes, abandonné son doctorat à Stanford (Californie) après deux jours, mais qui a obtenu un double master en physique et économie à la très prestigieuse université de Pennsylvanie.

Alex Karp, directeur général de Palantir, voit dans les études, selon lui coûteuses et préparant mal au marché du travail, une cause de bascule des étudiants dans l’aigreur et à gauche de l’échiquier politique. « Le diplômé moyen d’une université de l’Ivy League [les plus prestigieuses des Etats-Unis] qui vote pour [Zohran Mamdani] est profondément agacé de constater que la personne d’à côté, qui sait forer du pétrole et du gaz et qui a déménagé au Texas, exerce une profession plus valorisante », a accusé M. Karp. Toutefois, ce personnage iconoclaste cumule une maîtrise de philosophie de Haverford (Pennsylvanie), un doctorat de droit de Stanford, et a écrit en allemand une thèse de doctorat en théorie sociale à l’université Goethe de Francfort (Allemagne).

« Remise en question »
La critique s’inscrit dans le combat contre les sciences humaines en faveur des métiers plus manuels mené par l’administration Trump. « Dans tout le pays, les emplois du secteur public et privé commencent à abandonner l’exigence d’un diplôme universitaire, et les étudiants se tournent vers des formations plus courtes ou en ligne, a déclaré, dans un discours, le 8 septembre 2025, la secrétaire fédérale à l’éducation, Linda McMahon. Ces tendances… sont préoccupantes pour les universités traditionnelles, souvent mal gérées et confrontées à une baisse des inscriptions. »

Cette affirmation est globalement fausse, les inscriptions d’étudiants américains dans les universités battent des records et progressaient de 2,4 % en 2025. Mais elles confortent la petite musique conservatrice. « Nous avons besoin d’électriciens, de plombiers et de charpentiers, ce qui est bien plus important que d’avoir toujours plus d’étudiants en sciences politiques », déclarait, en 2024, M. Musk, dans un pays en peine de trouver les électriciens indispensables à la construction de centres de données ou d’usines de microprocesseurs.

Le sujet n’est pas une préoccupation uniquement des conservateurs. Le New York Times a consacré, en octobre 2025, une enquête sur la pertinence d’envoyer des générations complètes à l’université : « Les universités sont confrontées à une remise en question : un diplôme est-il vraiment nécessaire ? », titre le quotidien, qui prend ensuite l’exemple d’un Etat conservateur et rural : « Le Wyoming a lancé une campagne pour encourager davantage de personnes à s’inscrire dans l’enseignement supérieur. Certains responsables et étudiants se demandent s’ils n’ont pas atteint un plafond. »

Ce débat a lieu alors que le boom de la tech connu après la pandémie de Covid-19 est révolu. Les offres d’emploi, qui avaient doublé, sont désormais inférieures d’un tiers à leur niveau de 2020. Avec l’essor de l’IA, les entreprises veulent embaucher des salariés expérimentés. « La proportion d’offres d’emploi dans le secteur technologique exigeant au moins cinq ans d’expérience est passée de 37 % à 42 % » entre le printemps 2022 et le printemps 2025, écrivait, en juillet 2025, le Hiring Lab de la firme d’embauche Indeed.

« On compte beaucoup de jeunes diplômés en informatique, mais la demande pour ces postes de débutants ne semble pas suffisante », a déclaré à la chaîne CNN David Seif, économiste chez Nomura, à New York. « Les diplômés en informatique de Stanford ont du mal à trouver des emplois de débutants auprès des plus grandes entreprises technologiques », a affirmé au Los Angeles Times Jan Liphardt, professeur agrégé de bio-ingénierie à l’université Stanford, en décembre 2025.

En théorie, l’affaire appelle à plus d’études, pas moins, même si la formation de programmeur, Graal pour entrer dans la tech, semble soudain bien peu utile. C’est en tout cas l’opinion exprimée dans le magazine Time par Marcus Fontoura, conseiller technique de très haut niveau chez Microsoft, en novembre 2025 : « Vous devriez quand même étudier les technologies, même si l’IA remplace les emplois de niveau débutant », exhorte-t-il.

Elon Musk, lui, rejoint finalement la vision traditionnelle d’une formation humaniste, dans une conversation enregistrée en décembre 2025 avec le podcasteur Nikhil Kamath : « Si vous souhaitez aller à l’université pour des raisons sociales, c’est-à-dire pour être entouré de personnes de votre âge dans un environnement d’apprentissage, c’est une raison valable. Ces compétences seront-elles nécessaires à l’avenir ? Probablement pas, car nous allons vivre dans une société post-travail. Mais si quelque chose vous intéresse, c’est bien d’aller l’étudier, d’étudier les sciences ou les arts. Mais l’IA, les robots représentent un tsunami supersonique. Ce sera vraiment le changement le plus radical que nous n’ayons jamais connu. »

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés La Silicon Valley se prépare au « moment des robots »

Arnaud Leparmentier (San Francisco, correspondant)

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