Une quarantaine de petits coins des gares est tenue depuis dix ans par 2theLoo (« aux toilettes » en anglais), une start-up née en 2012 aux Pays-Bas. Romuald Meigneux/SIPA
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Publié le 21/01/2026 à 16:00
Gérant depuis 2015 les toilettes d’une quarantaine de gares, la start-up néerlandaise 2theLoo cumule violations du droit du travail, pression sur ses salariés et acrobaties comptables l’exonérant de l’impôt sur les sociétés. Alors que la SNCF s’apprête à émettre un nouvel appel d’offres, un bilan s’impose.
Il fut un temps où les « dames-pipis » des gares étaient d’ex-cheminotes, mais l’essor de la sous-traitance tous azimuts dans les années 1990 a changé la donne. C’est ainsi qu’une quarantaine de petits coins des gares est tenue depuis dix ans par 2theLoo (« aux toilettes » en anglais), une start-up née en 2012 aux Pays-Bas, présente dans huit pays, dont la communication vante sa « pause toilettes étonnamment amusante ». Son slogan ? « 2theLoo, le service de toilettes confort et éthique ». Si d’importants travaux de rénovation et la propreté des lieux permettent en effet un « confort » censé justifier l’accès payant – passé en quelques années de 0,50 centimes à 1 € –, l’« éthique », elle, laisse à désirer, à commencer dans les rapports qu’entretient la direction avec ses 230 salariés.
Des clauses secrètes
Pour comprendre une situation que Mohamed Guermat, représentant du personnel CGT, qualifie de « management par la peur », il faut remonter à 2014 : cette année-là, la SNCF lançait un appel d’offres en vue de trouver un nouveau prestataire. Mais plutôt que d’opter pour une délégation de service public (DSP), la compagnie ferroviaire se liait à 2theLoo via un contrat d’occupation de l’espace public. En clair, une location des locaux assortie de clauses secrètes, notamment le montant de la redevance versée à la SNCF et d’éventuelles (petites ou grosses) commissions sur un inépuisable filon. « Ce type de contrat permet l’opacité et les règles sont bien moins strictes qu’avec une DSP », nous glisse un cadre de l’entreprise publique. Sollicité par Marianne, le service communication de la SNCF ne dit pas autre chose : « Certaines informations demeurent confidentielles. Je vous invite à vous rapprocher de 2TheLoo pour les questions les concernant directement. » De ce côté-là, nous n’avons reçu aucune réponse.