René Souchon, ancien maire d'Aurillac, dernier président de la Région Auvergne (jusqu'en 2016) et ancien ministre délégué à l'Agriculture et à la forêt chez lui à Chamalières (Puy-de-Dôme) © Laurent Bernard
“On a toujours aimé vivre en hauteur. Difficile de faire autrement quand on vient de la Lozère et du Cantal”. René Souchon nous a reçu pendant plus d'une heure dans son appartement situé sur les hauteurs de Chamalières, avec une vue superbe sur Clermont et la Limagne, d'un côté, les volcans de l'autre.
De la hauteur, il en a pris sur la politique, dont il est totalement rangé désormais, et mène une retraite active et sportive. En décembre, il a participé à une chasse en Alsace. En septembre, il a visité l'Irlande avec son épouse, et en février et mars, ce sera la péninsule ibérique. A près de 83 ans, il pratique toujours autant le vélo (électrique désormais) : environ 4.000 km au compteur en 2025 !
Vous suivez toujours l'actualité ?
“Oui, mais davantage nationale et internationale. J'ai toujours été passionné par la géopolitique, je suis très axé sur le conflit en Ukraine, l'attitude de la Chine, le Mercosur, dont j'ai été le premier négociateur. Je suis les débats budgétaires presque heure par heure.”
Et sur le local, le régional ?
“Quand il y a un article dans La Montagne sur la Région, je le lis. Point. On connaît les grandes choses, mais pas en détails les débats. C'est un vrai problème de proximité, les gens ne connaissent pas la Région et ses élus. Récemment, au marché de Chamalières, Louis Giscard d'Estaing m'a présenté des membres de son groupe. Je n'en connaissais aucun.”
Parce que la région est trop grande ?
“Pour être grande, elle l'est ! Cette fusion est stupide, contreproductive, elle est une grossière erreur. C'est un pays. Entre le Cantal qui est proche du Lot et la frontière italienne, il n'y a aucune cohérence géographique, économique et culturelle. Au départ, j'avais poussé pour une région Massif Central, car il existe une véritable unité géographique. Mais cela supposait de couper un bout de Haute-Loire, un autre de Lozère et de rattacher une partie de la Bourgogne.”
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“Wauquiez a tout arrêté puis tout relancé” : René Souchon analyse dix années de grande Région Auvergne-Rhône-Alpes
Le 31 décembre 2015, avec la fin de la région Auvergne, René Souchon (PS) prenait sa retraite, à près de 73 ans. Dix ans après, nous avons demandé au dernier président d'Auvergne ce qu'il pensait de cette première décennie de grande Région. Et ça décape.
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Par Laurent Bernard
Publié le 09 janvier 2026 à 06h45
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René Souchon, ancien maire d'Aurillac, dernier président de la Région Auvergne (jusqu'en 2016) et ancien ministre délégué à l'Agriculture et à la forêt chez lui à Chamalières (Puy-de-Dôme) © Laurent Bernard
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“On a toujours aimé vivre en hauteur. Difficile de faire autrement quand on vient de la Lozère et du Cantal”. René Souchon nous a reçu pendant plus d'une heure dans son appartement situé sur les hauteurs de Chamalières, avec une vue superbe sur Clermont et la Limagne, d'un côté, les volcans de l'autre.
De la hauteur, il en a pris sur la politique, dont il est totalement rangé désormais, et mène une retraite active et sportive. En décembre, il a participé à une chasse en Alsace. En septembre, il a visité l'Irlande avec son épouse, et en février et mars, ce sera la péninsule ibérique. A près de 83 ans, il pratique toujours autant le vélo (électrique désormais) : environ 4.000 km au compteur en 2025 !
Vous suivez toujours l'actualité ?
“Oui, mais davantage nationale et internationale. J'ai toujours été passionné par la géopolitique, je suis très axé sur le conflit en Ukraine, l'attitude de la Chine, le Mercosur, dont j'ai été le premier négociateur. Je suis les débats budgétaires presque heure par heure.”
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Et sur le local, le régional ?
“Quand il y a un article dans La Montagne sur la Région, je le lis. Point. On connaît les grandes choses, mais pas en détails les débats. C'est un vrai problème de proximité, les gens ne connaissent pas la Région et ses élus. Récemment, au marché de Chamalières, Louis Giscard d'Estaing m'a présenté des membres de son groupe. Je n'en connaissais aucun.”
Parce que la région est trop grande ?
“Pour être grande, elle l'est ! Cette fusion est stupide, contreproductive, elle est une grossière erreur. C'est un pays. Entre le Cantal qui est proche du Lot et la frontière italienne, il n'y a aucune cohérence géographique, économique et culturelle. Au départ, j'avais poussé pour une région Massif Central, car il existe une véritable unité géographique. Mais cela supposait de couper un bout de Haute-Loire, un autre de Lozère et de rattacher une partie de la Bourgogne.”
“Quand j'ai compris que le gouvenement ne toucherait pas aux départements, j'ai proposé une fusion entre Auvergne et Limousin et une autre entre Limousin, Auvergne et Centre. Des deux, cette dernière avait ma préférence, car les trois régions avaient des problématiques communes et j'ai failli réussir. Ce sont les céréaliers de de la Beauce qui ont empêché cette fusion.”
René Souchon (Dernier président de la région Auvergne)
“Quant à Rhône-Alpes, elle avait une taille et une population suffisante pour un alignement avec les régions italiennes et allemandes. Ce qu'il fallait faire avec elle, c'était continuer à développer les coopérations, qui existaient déjà. J'étais contre cette fusion, mais en bon soldat, j'ai joué le jeu.”
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Ici avec Jean-Jack Queyranne, son collègue président de Rhône-Alpes qui allait être battu par Laurent Wauquiez quelques mois plus tard. “J'étais contre cette fusion, mais en bon soldat, j'ai joué le jeu.”
Et 10 ans après vous n'êtes pas convaincu ?
“Pfff. Je ne vois pas la plus-value pour le territoire auvergnat. Wauquiez a fait en sorte que ça s'appelle Auvergne-Rhône-Alpes, c'est déjà pas mal. Mais Pannekoucke, je ne sais pas qui il est, je ne sais même pas d'où il vient. Il est évident qu'on n'aura plus de président auvergnat. Et, en fait, on n'a pas créé un conseil régional, on en a ajouté deux, donc on a tout doublé. On avait deux Ceser, on les a additionnés. Le régime indemnitaire d'Auvergne était moins favorable que celui de Rhône-Alpes. Donc à la fusion, on a fait la seule chose qui était possible, on a aligné sur le régime le plus élevé, donc cela crée des dépenses supplémentaires. Les trajets entre Clermont et Lyon, les déplacements régionaux, cela doit être énorme.”
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N'y a-t-il pas plus de moyens aujourd'hui en Auvergne grâce à la richesse de Rhône-Alpes ?
“Les Régions n'ont pas d'impôts, contrairement à ce que dit Wauquiez, mais ça c'est la démagogie du bonhomme. Si on ne prenait que l'impôt local, cela poserait un problème. Mais dès lors que les régions touchent des dotations nationales, on fait les péréquations qu'on veut. L'Estonie a 1,3 million d'habitants, autant que l'Auvergne. Cela ne l'empêche pas d'exister dans l'UE, elle a même une commissaire européenne. Ce n'est donc pas impossible.”
Le Creps de Vichy, en plein renouveau grâce aux investissements de la Région, ne montre-t-il pas que davantage de moyens existent ?
“C'est moi qui l'ai relancé. Wauquiez a continué ce que j'avais initié. Mais je sais bien qu'il dit qu'il fait tout.”
Et le lycée Gergovie, à Clermont, qui est le seul à avoir été construit en près de trente ans ?
“Quand je suis parti, le concours d'architecte pour ce lycée était lancé, et abouti. L'ouverture était prévue en 2020. Wauquiez est arrivé, il a tout arrêté deux ans, il a tout relancé, et il a dit “voilà jai fait le lycée Saint-Jean”. Pour moi c'est scandaleux. C'est moi qui ai mouillé ma chemise pour négocier le terrain avec la villeplugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigWikikPedia
WikikPedia de Clermont, etc. C'est un mensonge de plus, mais personne ne l'a dit. Et le lycée Blaise-Pascal, sa rénovation devrait être finie depuis des années. Tout était prêt aussi quand je suis parti !”
Sa grande fierté est d'avoir doté très tôt l'Auvergne du Très haut débit, “je l'ai fait contre la majorité de mon Conseil régional”.
Quel regard portez-vous sur le travail du groupe PS ?
“La seule qui fait un peu d'opposition c'est Anna Aubois. Sinon il est inexistant. Najat Vallaud-Belkacem, elle est bien, mais ce n'est pas une territoriale. Quand elle a été candidate, elle m'a appelé en visio pour parler d'agriculture, car elle n'y connaît rien, on y est resté une heure et demie. Les Régions sont utilisées par certains comme des marche-pieds pour le niveau supérieur. C'est le cas de Wauquiez.”
Il y a aussi Carole Delga (PS), Xavier Bertrand (LR)…
“Lui c'est différent. Il mouille la chemise, il est d'abord Région avant de viser plus haut. J'ai de l'estime pour lui, car sur le terrain, il est très efficace. Wauquiez, il fait du vent, de la com. Et celui qui lui a succédé fait ce que Wauquiez lui dit de faire.”
Laurent Wauquiez dit que quand il est arrivé, il s'est opposé à des fermetures de lignes SNCF que vous aviez validées.
“Oui j'ai donné mon accord à la fermeture de lignes, et alors ? Cela aurait coûté la peau des fesses pour rien. Les lignes que j'ai refusé de subventionner, ce sont celles qui transportaient moins de neuf passagers par train. Vous vous rendez compte ? Il y avait d'abord Clermont-Saint-Etienne…”
…mais le groupe PS défend la réouverture de la section Thiers-Boën quasiment à chaque assemblée plénière ?
“C'est de la démagogie, parce que ça fait plaisir aux gars du coin, qui ne montent d'ailleurs pas dans le train. Et ils savent très bien que cela ne se fera pas. Donc on voulait me faire mettre de l'argent sur cette ligne et celle entre Ussel et le Mont-Dore.
“Mais l'Auvergne est une croix autoroutière magnifique, qui permet d'aller dans n'importe quel endroit du territoire en quatre à cinq heures. C'est formidable, et ce n'est pas moi qui l'ai fait, c'est Giscard. Ce choix de l'autoroute, il a condamné le train. Entre Clermont et Saint-Etienne c'est bien plus rapide et confortable de prendre un car, plutôt que d'aller mettre des dizaines de millions sur le réseau ferré, ce qui n'empêcherait pas les gens de prendre le car.”
René Souchon (Dernier président de la région Auvergne)
C'est pareil sur le Lyon-Bordeaux. Quand Railcoop a été créé, le jour même j'ai dit “ils vont fondre les plombs”. Car le choix autoroutier qui a été fait, fait que vous irez plus vite comme ça que par un train qui irait tout droit. Evidemment, si on avait mis le paquet sur le rail il y a quarante ans, ce serait différent.”
Si Limousin et Auvergne avaient fusionné, comme vous le souhaitiez, le président de Région aurait été obligé de défendre cette ligne Bordeaux-Lyon, non ?
“Si cela avait été un démagogue, oui ; je n'ai pour ma part jamais fait de démagogie. Aujourd'hui, il y a un discrédit total pour la politique, sauf pour le maire. Car c'est le seul qui est obligé de dire la vérité, il a les gens en face de lui. Être élu, ce n'est pas suivre les sondages d'opinion, c'est voir ce que sera l'avenir. Si je n'avais pas eu ce raisonnement, je n'aurais jamais fait le très haut débit en Auvergne. On a été la région la mieux couverte en Europe et on a eu un prix de l'UE pour ça. Certains élus me disaient : à quoi ça sert le THD dans les campagnes ? Comme quoi tout le monde n'a pas une vision d'avenir… J'ai lancé le haut débit et le très haut débit en Auvergne contre la majorité de mon Conseil régional qui n'en voyait pas l'utilité. Cela a été voté de justesse, avec les oppositions. Et ensuite je suis allé voir les Départements, les quatre m'ont suivi et c'est grâce à cela qu'on a réussi.”
Regrettez-vous d'avoir milité pour le TGV en Auvergne au lieu de travailler à l'amélioration de l'existant, infrastructure et rames ?
“Mais j'ai fait les deux ! On a mené le double combat, celui de la grande vitesse et celui de la ligne Intercités en doublant notre participation au contrat de plan Etat-Région pour des améliorations de la voie et nous avons mis la pression sur le gouvernement pour que du nouveau matériel soit commandé. On avait aussi étudié la possibilité de mettre des rames réformées de TGV, mais cela ne s'est pas fait.”
“On a tous cru au TGV en Auvergne, car à ce moment là le Grenelle de l'environnement avait décidé de lancer une étude, et la SNCF avait annoncé la saturation de la ligne Paris-Lyon.”
Avez-vous rééllement cru au TGV en Auvergne ?
“On y a tous cru, car à ce moment-là le Grenelle de l'environnement avait décidé de lancer une étude, et la SNCF avait annoncé la saturation de la ligne Paris-Lyon. Mais aujourd'hui elle peut faire passer un TGV toutes les trois minutes, et peut-être bientôt deux grâce à l'intelligence artificielle. Mais je rappelle que les études pour cette deuxième ligne pourront être reprises en 2028.”
On vous reproche encore d'avoir construit un hôtel de Région juste avant la fusion, que répondez-vous ?
“Quand on l'a lancé, avec mon prédécesseur Pierre-Joël Bonté, il n'était pas question de fusion des régions. On nous a fait un mauvais procès, qui montre toute l'hypocrisie de la politique politicienne. Le concours d'architectes a été voté à l'unanimité, pour me reprocher ensuite d'avoir coûté plus cher. Certes, il y a eu une actualisation des prix, car nous avons suspendu le projet pendant quatre ans , en raison de la situation financière. Mais il n'y a eu que ça, on n'a pas fait de dépassement. On avait sept locations dans Clermont pour loger tous les services, ce qui nous coûtait très cher.”
“A la fusion des régions, les Hortefeux et compagnie ont dit : “Souchon s'est fait plaisir, ça ne sert à rien, il ne fallait pas faire le nouvel hôtel de région.” Cela fait partie des choses qui m'ont le plus touché, avec le fait que Wauquiez se soit approprié le lycée Saint-Jean.”
René Souchon (Dernier président de la région Auvergne)
“Cet hôtel de région est un exemple architectural, on venait de toute l'Europe pour le voir. Cet équipement restera, il est un beau patrimoine, qui est valorisé. Qu'on ait fait venir d'autres activités à l'intérieur pour le remplir, je n'ai rien à dire là-dessus. Il tourne.”
René Souchon, ancien maire d'Aurillac, dernier président de la Région Auvergne (jusqu'en 2016) et ancien ministre délégué à l'agriculture et à la forêt chez lui à Chamalières (Puy-de-Dôme).
Vous pensez quoi de la politique régionale de communication, consistant à installer des panneaux sur les réalisations qu'elle subventionne ?
“Je ne veux pas critiquer ça ; sur le principe, je suis d'accord, c'est bien de signer ce que l'on fait. Pour ma part j'ai eu tort de laisser les communes le faire seulement si elles le souhaitaient. Les Régions le font car elles ont compris que les gens ne savent pas ce qu'elles faisaient.”
La marque Auvergne, c'est une bonne idée pour fédérer l'ancienne région, non ?
“Mais la marque Auvergne, c'est nous ! On avait créé Auvergne Nouveau Monde, Wauquiez l'a foutu en l'air pour récréer la même chose sur des bases différentes.”
C'est la politique, ça, non ?
“Non, la politique, c'est avoir une vision du futur. Moi, aujourd'hui, je ne rentrerais pas en politique, car c'est catastrophique. Il y a des gens qui travaillent pour l'avenir, mais très peu. Je ne fais plus partie aujourd'hui d'aucun parti. Le 1er janvier 2016, comme je commençais à en avoir ras-le-bol des conneries, j'ai arrêté d'adhérer au PS. Je suis fidèle aux valeurs, je suis un social-démocrate dans l'âme, épris de justice, et je regarde attentivement ce qu'il se passe. Mais c'est tout.”
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