« À la fin du Conseil des ministres, Frey demande au Général de Gaulle : « Vous ne voulez pas attaquer vos adversaires. Mais nous ? Votre seul adversaire qui compte, c'est Mitterrand. Pourquoi ne permettriez-vous pas que sortent quelques bonnes vérités cachées ? »
Il extrait d'un dossier une photo de Mitterrand, arborant la francisque et serrant respectueusement la main du maréchal Pétain.
« Et quel est celui qui le soutient le plus activement dans l'ombre ? Bousquet ! On pourrait en dire, sur lui ! Et pourquoi ne pas exploiter l'affaire de l'Observatoire ? Elle est déshonorante. Il a simulé un attentat contre lui-même et tenté de tromper la justice, la police et le peuple. Il suffit de reprendre le rapport du Sénat, qui a entraîné la levée massive de son immunité. Tout est public, mais tout est oublié, ou occulté. Et nous avons bien d'autres pièces au dossier. On peut le pulvériser. » Le Général a écouté en silence.
GdG : « Vous ne m'apprenez rien. Mitterrand et Bousquet, ce sont les fantômes qui reviennent : le fantôme de l'anti-gaullisme issu du plus profond de la collaboration. Que Mitterrand soit un arriviste et un impudent, je ne vous ai pas attendu pour le penser. Mitterrand est une arsouille. »
Après un temps, le Général secoue la tête et laisse tomber comme un couperet : « Non, je ne ferai pas la politique des boules puantes. »
On devine l'état d'esprit d'Alain de Boissieu, quand il démissionna pour n'avoir pas à élever François Mitterrand à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur : il avait dû entendre, dix fois plutôt qu'une, des propos analogues tenus par le général de Gaulle devant ses enfants et ses petits-enfants. »
Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 2.
-