Christine Lagarde se lève et part d'un dîner officiel, le secrétaire américain au Commerce hué... A Davos, l'attitude impérialiste des Etats-Unis pousse les Européens à bout

Donald Trump n'a peut-être pas (encore) annexé le Groenland mais il a déjà mis la main sur Davos. Les Etats-Unis dictent l'agenda du Forum économique mondial, désormais dirigé par le patron de Blackrock, et se permettent tout vis-à-vis des Européens. Qui ont commencé à se rebeller dans le sillage de Christine Lagarde.
Quatrième jour à Davos et, au World Economic Forum, c’est Donald Trump qui fait l’agenda. Ce jeudi, rendez-vous dans la salle principale à 10h30 pour l’annonce du Conseil de la paix avec d’autres chefs d’État. La mainmise des Américains sur le forum est totale. Et ça agace fortement les Européens. Certains, à l'image de la patronne de la BCE Christine Lagarde, ne font même plus semblant.
“Trump fait ce qu’il veut. En mode: 'et pour déclarer la guerre, c’est salle combien?'.”
Cette remarque d’un économiste européen est assez représentative. L’agenda de Davos appartient aux Américains. Il faut dire qu’ils seraient autour de 800 sur place dans la délégation. Impossible à vérifier, mais à l’œil nu, ça se voit: tout le gouvernement est là, y compris Karoline Leavitt, la porte-parole de la Maison Blanche.
Ce qui se voit à l’œil nu aussi, c’est que cette année, il y a moins de femmes, moins de diversité. Les grands débats traditionnels du forum sur les thèmes de l’écologie et de l’inclusion ont quasiment disparu, remplacés par des tables rondes complètement bateau du type “Coopérer dans un monde compliqué” ou “Venezuela, what's next?”. Par contre, “Pour réinventer l’Europe”, qui en a bien besoin, là, rendez-vous en salle B.
Les Etats-Unis ont annexé Davos
Pour les participants, la nouvelle direction de Larry Fink, le patron de Blackrock, y est pour beaucoup. C’est lui qui déroule le tapis rouge, nous dit-on. Donald Trump n’a pas encore annexé le Groenland, mais pour Davos, c’est fait.
Dans ce contexte, deux sentiments contraires dominent pour les Européens: rassurés par la baisse des tensions sur le Groenland et surtout par le fait que Donald Trump n’a pas parlé de droits de douane; mais sonnés par ce flot d’insultes et de violences à leur encontre.
“Quelqu’un sait pourquoi il nous déteste?”, se demandait un participant dans la queue pour rejoindre la salle des congrès.
On ne sait pas, mais on a bien compris. Et c’est marrant parce que c’est sur les éoliennes et notre bêtise que ça énerve le plus. “Seuls les gens stupides en achètent”, a taclé le président américain mercredi, répétant à plusieurs reprises que l'Europe se faisait arnaquer par la Chine.
Christine Lagarde sonne la révolte
Ce discours, c’est exactement celui qu’avait tenu Howard Lutnick, le secrétaire au Commerce, mardi soir, lors d'un dîner réservé aux 250 participants les plus influents du Forum. Une agressivité qui a tendu toute la salle, selon des participants. Trop, c’est trop: les Européens l’ont hué, déclenchant la première révolte de Davos.
Plusieurs chefs d’entreprise ont quitté leur table, suivis par Christine Lagarde, mettant fin au dîner avant le dessert. La scène n'a pas été filmée mais elle a marqué les esprits. Quand les Américains vont trop loin, on se lève et on part? Christine Lagarde était tout de même dans la salle le lendemain pour écouter Donald Trump, assise entre Tim Cook et Satya Nadella, les patrons d'Apple et Microsoft.
60 minutes Fauvelle du mercredi 21 janvier – Édition spéciale – Davos : Trump sort la sulfateuse
Dans cette oasis trumpienne qui fait râler le business, un secteur semble flotter au-dessus de tout problème géopolitique: la tech, et particulièrement l’IA. Arthur Mensch n’a même pas écouté Trump, comme une bonne partie des start-up qui sont là pour faire des rencontres. “Si vous voulez rallumer la lumière chez les Européens, parlez de Yann Le Cun, c’est la seule bonne nouvelle depuis deux ans”, nous dit un participant.
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