Depuis le démarrage fin novembre de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’audiovisuel public, les incidents se sont multipliés autour de son rapporteur, le député UDR Charles Alloncle. L’élu de 32 ans, dont le groupe est allié au RN, est critiqué pour son ton « inquisiteur » et ses méthodes musclées, et certaines personnes auditionnées l’ont accusé de déformer leurs déclarations. De quoi pousser le président de la commission, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, à convoquer une réunion de son bureau ce mardi à 16h00.
Durant cette réunion, à laquelle Charles Alloncle a été convoqué, les rendez-vous à venir jusqu’au printemps seront discutés. Le but affiché est de retrouver un « cadre digne, sérieux et respectueux », selon son président Jérémie Patrier-Leitus, qui ne veut pas d’un « tribunal politique » lors de cette commission abondamment retransmise et commentée, façon téléréalité. Mais au sein du bloc central macroniste, des voix s’élèvent pour demander le huis clos voire l’arrêt des travaux. « Je ne vois pas l’issue de cette commission », lâche la députée Céline Calvez, déçue que l'« on passe à côté du sujet ».
« Je n’abandonne pas », assure Charles Alloncle
« Je tâche de poser des questions que des millions de Français se posent. Et quand je n’ai pas la réponse, je repose la question d’une autre manière, jusqu’à ce que j’obtienne une réponse », reconnaît de son côté Charles Alloncle auprès de l’AFP, admettant être « insistant ». « Dans « commission d’enquête », il y a « enquête ». Je n’abandonne pas », poursuit l’élu de l’Hérault.
Mi-décembre, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a « rappelé à l’ordre » Charles Alloncle, craignant que la commission d’enquête soit « dévoyée ». Les soutiens du rapporteur ont volé à son secours : c’est « une pression intolérable », selon Marine Le Pen (RN), alors que son travail est « remarquable » d’après le président du parti Jordan Bardella. Sur les réseaux sociaux, d’importants influenceurs d’extrême droite ont loué Charles Alloncle.
Ce dernier poursuivra sa mission avec « talent » et « courage », a fait valoir Eric Ciotti. Le jeune député, ancien président des Jeunes avec Nicolas Sarkozy et partisan de l’union des droites, a rallié l’ex-patron de LR lorsqu’il s’est rapproché du RN.
Des personnalités auditionnées dénoncent des propos déformés
Air austère et look soigné, le trentenaire blond a déjà mis sur le gril le président du régulateur, l’Arcom, et les dirigeantes de France Télévisions et Radio France. Cette dernière, Sibyle Veil, a déploré les « déformations publiques » de ses propos par le rapporteur sur le réseau social X. Et lundi, sur Instagram, l’animateur-producteur Nagui a menacé Charles Alloncle de poursuites pour avoir déclaré fin décembre qu’il pourrait être « la personne, sur les dix dernières années en France, qui s’est le plus enrichie sur l’argent public ».
Lors des auditions en fin d’année des journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen, plusieurs élus de gauche ont réclamé d'« arrêter (le) spectacle », dénonçant une « tentative d’humiliation » de la part de l’extrême droite. La commission a été créée après la révélation d’une vidéo de ces deux journalistes qui a nourri les accusations de partialité en faveur de la gauche dans l’audiovisuel public.
Patrick Cohen a d’ailleurs envoyé aux députés membres de la commission une lettre dans laquelle il déplore qu’un « certain nombre de (ses) déclarations » aient « été travesties, déformées ou commentées de façon malveillante » par Charles Alloncle. Cette lettre a été révélée par Le Figaro et le journaliste en a confirmé l’authenticité à l’AFP.
Son groupe prône la privatisation de l’audiovisuel public
La commission d’enquête sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » a été créée à la demande d’Eric Ciotti, dont le groupe allié RN prône la privatisation du secteur. Charles Alloncle se garde bien de se prononcer sur ce point. « Envoyé Spécial, Secrets d’histoire… J’ai été biberonné à la télé et la radio publiques et crois à leurs missions essentielles », assure ce fidèle auditeur de Fip, fils d’un préfet et d’une juriste devenue enseignante.
« C’est pour sauver l’audiovisuel public qu’il faut purger les soupçons, cesser les entorses au principe de neutralité », selon le néodéputé élu en juillet 2024, ancien entrepreneur passé par Sciences Po, HEC et l’université américaine de Berkeley. A l’inverse, Erwan Balanant (MoDem) voit dans l’attitude de Charles Alloncle « une attaque frontale de notre modèle démocratique et d’information ».
Charles Alloncle réfute toute proximité avec la sphère Bolloré
L’insoumis Aurélien Saintoul dénonce, lui, une « malhonnêteté foncière du rapporteur qui s’affranchit des faits et transpose les méthodes de CNews en commission ». « Qui lui souffle les questions ? », demande un autre.
L’intéressé récuse quant à lui toute proximité avec Vincent Bolloré, qu’il n’a « jamais rencontré », ainsi qu’avec les médias de sa galaxie comme CNews, dont il fréquente peu les plateaux. Charles Alloncle « affronte tout seul le système » et « a tout le monde contre lui, sauf l’opinion publique », a lancé fin décembre un Pascal Praud louangeur, sur la première chaîne info de France.
(avec AFP)
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